Le château

L'Association de Sauvegarde du Patrimoine de l'Aisne Méridionale (ASPAM) est une association membre de l'Union Rempart, fondée en 1998 par Bruno LESTRAT. Implantée dans le Soissonnais, elle a pour but de sauvegarder, mettre en valeur et faire vivre le patrimoine de sa région et notamment du village de Berzy-le-Sec. Pour cela, elle organise plusieurs chantiers par an, ouverts à toute personne débutante ou confirmée en Taille de pierre, Forge, Charpente, etc. L'objectif est de restaurer le château tout en transmettant des techniques et savoir-faire traditionnels à des bénévoles venus donner de leurs vacances.

 

Plusieurs tailleurs de pierre dont moi-même assurent donc l'encadrement technique de l'atelier de Taille et Maçonnerie traditionnelle. Vous trouverez sur cette page des informations sur l'avancement des projets auxquels je participe :

  • L'atelier de Taille de Pierre
  • La réfection d'un conduit de cheminée
  • La réalisation d'une cheminée XIVe
  • la réalisation d'une maquette de voûte à croisée d'ogives
  • A suivre...

(pour une présentation exhaustive des chantiers menés par l'association, rendez-vous sur son site internet, lien en bas de page)






La construction de ce château, situé à quelques kilomètres de Soissons, a commencé au XIIème siècle par l'édification d'un donjon de style roman. Le bâtiment s'est agrandi au fil des siècles, au gré des différents propriétaires : extension du donjon, chapelle de style gothique flamboyant, loggia renaissance, etc.

Devenu un centre d'exploitation agricole avant la Révolution, le château échappa à la destruction et fut utilisé comme ferme jusqu'en 1917. Lors de l'offensive Mangin, l'artillerie française bombarda la colline et mit en pièces le château et l'église voisine.

Par la suite, l'église fut intégralement restaurée mais pas le château. Deux campagnes de travaux, l'une dans les années 30, l'autre dans les années 40, sécurisèrent le site en consolidant les ruines. Si ces chantiers sauvèrent une majorité de l'édifice, leur exécution dans l'urgence ne permit pas de sauver l'intégralité des vestiges. De plus, on employait alors systématiquement un mortier à base de ciment qui nuit à la pérennité des maçonneries de pierres.

Classé Monument Historique en 1926, le château a été racheté par la commune de Berzy-le-Sec et se reconstruit progressivement.



Chapelle Saint Claude restaurée





L'atelier de Taille fournit les blocs nécessaires aux différents postes de maçonnerie pendant le chantier. Le rôle de l'encadrant est de transmettre aux bénévoles les techniques du métier de tailleur. Pour que l'apprentissage soit meilleur, les outils utilisés par les tailleurs sont ceux en usage au Moyen-Age : ciseaux, massettes, scies, etc. Les chemins de fer, disqueuses, piqueurs ne sont pas utilisés.

Les débutants se familiarisent avec les outils, apprennent à dresser plusieurs faces plates pour faire un bloc d'équerre. Avec un peu d'entraînement, il est possible ensuite de tailler des blocs plus sophistiqués comportant des moulures, des retours d'angle etc. La taille d'ne fenêtre en plein cintre, copie en modèle réduit d'une baie de l'église du village est un très bon moyen de découvrir le travail de la moulure droite et en cerce.

Les bénévoles confirmés ont aussi réalisé une maquette à l'échelle 1/2 de l'une des fenêtres de la chapelle. Ce projet, initié par un confrère, est devenu un élément d'exposition à destination des visiteurs du château. Il permet de mieux voir et comprendre la construction d'une fenêtre de style gothique flamboyant. C'est fut un excellent exercice de dessin et de taille; une façon de joindre l'utile à l'agréable.

Bien sûr, la vocation principale de l'atelier est de permettre la restauration du château. L'essentiel des efforts est donc concentré sur la taille et la pose d'éléments de fenêtres à croisées à meneaux, reprise de jambage de porte ou simplement maçonnerie pour remonter les murs disparus.

 

Et si une bonne part de la journée est consacrée au travail pour le château, d'autres activités sont proposés aux bénévoles désireux d'en apprendre plus : visite de monuments de la région, initiation à la calligraphie, gravure sur pierre, etc.

Taille d'un piédroit de jambage de porte

visite de la délégation interministérielle







Parmi les vestiges du donjon, il reste deux importants conduits de cheminée. L'un menaçant ruine, il a été décidé de le restaurer en recréant les parties manquantes.

Il s'agit en réalité d'un triple conduit de fumées édifié au XIVe siècle et desservant trois cheminées dont deux sont encore existantes. Les travaux ont commencé par le conduit nord, le plus abîmé. Suite aux bombardements de 1917, celui-ci a perdu l'intégralité de sa face extérieure et une partie des faces latérales. De plus, le sommet des trois conduits présente de nombreuses lézardes et pierres fendues qu'il faudra changer. Cela nécessite une mise en oeuvre soignée car plusieurs pierres à remplacer traversent les trois conduits pour en assurer la cohésion. Enfin, la maçonnerie comporte les traces des différentes étapes de construction du château qu'il faut aussi conserver.

Ce conduit a la particularité de présenter un assemblage à clavettes : entre chaque bloc de pierre, une petite entaille est réalisée dans laquelle vient se loger un tesson de terre cuite (morceau de tuile ou de tommette). Le tuileau pris dans le coulis de chaux améliore sa résistance mécanique (principe du béton romain par ajout de chamotte de terre cuite). La nouvelle maçonnerie doit donc être exécutée sur le même principe.

Des prélèvements de mortier d'origine sont également effectués pendant les travaux afin d'être analysés en laboratoire. En effet, derrière le rejointoiement au ciment des années 30, on retrouve encore le mortier de chaux du XIVe siècle dont j'ai pu éprouver l'excellente résistance!

 

J'ai eu l'opportunité de prendre ce chantier à ses débuts en avril 2015 en commençant par la réalisation des relevés de l'existant du conduit nord. Le chantier d'été qui a suivi a été l'occasion de commencer la restauration proprement dite. Ceci consiste à établir le calepin d'appareillage pour déterminer les dimensions des blocs à tailler. Nous avons pu remarquer lors des relevés que toutes les dimensions du conduit étaient des multiples du pouce qui dans cette région était de 2,5cm environ. Il m'a donc fallu tenter de respecter au mieux cette contrainte. Les pierres sont ensuite maçonnées à la chaux.

 

Avril 2016 : la reconstruction se poursuit. A mesure que l'on s'approche du sommet, la maçonnerie devient plus technique. Beaucoup de pierres d'origine sont très abîmées. Il faut également recréer des liaisons mécaniques entre les conduits grâce à des boutisses : de grandes pierres traversantes qui relient les différentes parois.

 

Août 2017 : les pierres du couronnement, manquantes ou trop détériorées, ont été retaillées. Le sommet du conduit est maçonné et rejointoyé. La phase finale consistera à rejointoyer le bas du conduit et du mur auquel il est adossé pour pouvoir retirer l'échafaudage.







Berzy-le-Sec avant bombardement
Premier croquis

Pour tenter de se représenter le château, il faut s'imaginer, au-dessus des tours du châtelet, une construction en élévation d'au moins deux étages. Des gravures du XVIIIe siècle montrent cette partie déjà écroulée.

En 1917, peu de temps avant le bombardement de l'offensive Mangin, la cheminée située au premier étage au-dessus des tours se voyait encore sur le mur restant du châtelet d'entrée. Une photo a d'ailleurs été prise à cette époque. C'est elle qui nous a beaucoup servi pour le projet actuel (voir photo ci-contre).

Aujourd'hui, la cheminée a presque entièrement disparu. Seul subsiste encore en place le jambage gauche. Une pierre du bandeau supérieur a été utilisée lors des restaurations de 1930 pour reconstruire le rempart du château. Enfin, il existe au donjon de Septmonts (7km de Berzy) une cheminée provenant du château et présentant des motifs trilobés semblables à ceux visibles sur la photo.

Le chantier a donc commencé par une phase de relevés des différents éléments dispersés afin de reconstituer un dessin d'ensemble et d'estimer la dimension de la cheminée. Celle-ci aurait une portée de 2m entre les jambages pour une longueur complète de 3,5m...

C'est pour cette raison que nous avons choisi de réaliser une maquette à l'échelle 1/2. Cela nous laisse également la possibilité de tester différentes formes de trilobes, la cheminée de Septmonts présentant une alternance de trilobes en arc plein cintre et brisé.

Une fois la forme exacte établie, une cheminée à l'échelle 1 pourra être réalisée avec les rinceaux sculptés sur les sommiers et le bandeau.






Pour en savoir plus

Association de Sauvegarde de l'Aisne Méridionale

l'Union Rempart

Reportage Télématin du 7 mai 2016